evecournoyer-428x285Cela se passe il y a environ 3 ans. Le bus de la ville était bondé. Une seule place demeurait libre à côté d'une jeune musicienne dont la grosse guitare occupait un siège à elle seule. Avec son allure déguindée et le regard tout à la fois sombre et sévère, personne n'avait osé l'aborder pour lui demander cette place.

Après hésitation, j'ai finalement osé réclamer le siège. Et c'est sans grande conviction que la dame a repris maladroitement possession de son instrument et s'est tassée afin de me laisser asseoir à ses côtés.

Sitôt assise, je la vois qui regarde à nouveau tout droit devant, l'air plus que sérieux. J'ose lui parler.

- «Trainer une grosse guitare pesante, cela exige toute une paire de bras. En tout cas, çà garde en forme! »

Elle prend soin de me regarder avec l'air perplexe de la fille qui se demande qui peut bien avoir le culot de lui adresser ainsi la parole. Elle demeure muette. Ses yeux sont interrogateurs. Je poursuis:

- «Tu fais des shows dans quel coin de Québec?»

Et la voilà partie pour quelques brèves explications. Je saisis qu'elle a été invitée à faire un spectacle en marge du Festival d'été de Québec, dans le Nouvo St-Roch. Le show terminé, elle s'en retourne seule à Montréal.

Je la questionne sur son style de musique, ce qui a l'heure de plaire à cette auteur-compositrice-interprète qui faisait dans le rock un peu abrasif, au son mélcancolique.

-  «Ce n'est pas pour plaire à une mémé comme moi qui aime la p'tite musique traditionnelle, hein. Ouch, mes oreilles

À ma grande surprise, la voilà qui rigole maintenant à voix haute, pour ensuite me donner une réplique dont je me souviendrai longtemps:

- «Tu m'amuses, petite maman.»

Elle se penche alors vers son sac à dos traînant à ses pieds, pour en retirer vivement 2 disques compacts qu'elle me tend à bout de bras.

- «Tiens, d'habitude je les vends. Je te les offre pour que tu puisses écouter ma musique. Tu me diras s'il y'a des chansons qui te plaisent. Tu peux m'écrire via l'adresse du fabricant de disques, n'importe quand.»

Voilà qu'elle regrette maintenant que le trajet ne soit pas assez long pour échanger davantage avec moi. Avant de me quitter, elle prend sincèrement soin de me rappeler que mes commentaires sont attendus. Je lui promets.

J'aurai tôt fait d'écouter avec peine et grande misère l'ensemble de ses chansons. Les paroles sont tristes à mourir. Je déteste, mais comment lui dire? À force de tarder, ne trouvant pas les mots justes, la lettre ne fut jamais écrite. Elle ne le sera jamais car ce soir, la mort d'Ève Cournoyer fait l'actualité.  À peine 43 ans, des proches parlent de celle qui n’a finalement pas vu la lumière. La cause de son décès demeure pour l'instant inconnu au public. On peut deviner que la dépression a eu raison sur sa vie.

Je décode aujourd'hui que ce n'était pas mes commentaires que cette étrangère de passage voulait... mais plutôt mon amitié.